Non, le silence et l'absence ne sont pas le vide. Vous êtes toujours là où je suis, nulle part et partout, la nuit et le jour, dans
chaque battement du monde. Et rien d'autre ne compte, il n'y a ni distance ni perte. Il n'y a que vous dans cette évidence absolue. Par-delà tout ce qui a été vécu, par-delà les tourments et le
tumulte permanent d'une persistante souffrance, l'errance fut un chemin comme un autre et je n'en ai nul regret, puisqu'il devait me mener devant vous. Dans l'éternité de la nuit, parfois, une
lueur apparaît. Et sa lumière est si parfaite qu'elle semble une illusion supplémentaire. Pourtant je l'ai vue. Je la vois. Elle existe incomparablement, comme existe la Vie, car elle n'est rien
d'autre que son principe même, qui la fait Vérité.
J'ai parlé longtemps dans tous les déserts, du plus froid au plus brûlant, arpenté tous les sols sans y trouver mon pas; goûté tous
les plaisirs, trop souvent sans joie; attisé tous ces désirs dénués d'envie; inventé des mondes et des êtres parfaits; j'ai tout créé à l'aune de ma démesure. Je me suis fait meilleur que je
n'étais, plus beau, plus doux, plus vrai, jusqu'à presque m'y perdre, et pourtant...
Comment vous dire cette tristesse jamais vaincue, cette envie de vivre encore et encore contre la mélancolie dévorante; comment
vous dire mon désir insatiable d'être un rêveur sur la Terre. Je n'ai d'autre richesse que mon amour à donner, sans compter, sans trêve ni repos. Je n'ai d'autre richesse que mes mots, mes
murmures au creux du cou, mes caresses et mon sourire. Je ne sais rien qui vaille vraiment mais je n'ai plus peur de rien. Je veux tout connaître, je veux toucher ce qui brûle, je veux
l'impossible, l'inaccessible. Me présenter à tous les mondes possibles, tendre mes mains à ce qui s'est pourtant toujours dérobé. Je veux être là où un jour, peut-être, ce qui ne sera pas le
hasard aura poussé sur mon chemin qui j'aurais toujours attendu.
Ne vous offusquez pas de cette inconcordance des temps, si j'y ai recours c'est qu'encore je ne mesure pas ce que je sais tellement
et dont tout mon être est marqué.
Que m'avez-vous donné qui ne soit pas en chacune de ses parts le plus pur de toute création ? Quel autre merci à vous adresser
que ces larmes incoercibles que de vains mots ne sauraient jamais égaler. Et chacune d'elles refléte votre écho, la soie de votre regard, la tendresse trop humaine de votre
sourire.
Qui êtes-vous pour avoir tant compris qui je suis ? D'où tenez-vous ce pouvoir de faire d'un grain de sable un univers entier ?
Quelle magie gouvernez-vous dont les charmes ont emporté toutes les désolations, toutes les meurtrissures dont le peuple des hommes m'avait couvert ?
Savez-vous combien je n'ai jamais souffert de ne souffrir plus dans ce cercle où vous me recevez ? Et comme, là, je suis à ma
place. Comme, là, j'y suis au monde, enfin. Par Vous, pour Vous. Et que chaque chose qui vibre résonne en moi comme une signature de la vie, certifiant la mienne enfin réalisée.
Je ne suis qu'un passant, qui veut vous regarder encore. Vous seule comprendrez cela : vous ne vous éloignerez jamais plus, puisqu'aussi loin que vous marcherez le lieu où vous serez sera ce
paysage dans mon regard. Rien n'y pourra jamais être contraire, je suis le maître de mes songes, et c'est par eux que vous vivrez dans la réalité de cet impossible que j'embrasse. Contre l'obscur
se tiendra votre lumière désormais, et contre toute fin.
J'ai au creux de mes mains toutes vos contrées, encore. Et dans ma mémoire, les géométries volontaires ne nos étreintes, les lacis
de nos osmoses, l'alchimie naturelle de nos élans. A vous parcourir j'ai connu l'inconnaissable, l'exacte vérité des sens où ce qui se joue jouit de sa redécouverte permanente. Où chaque caresse
est un jour qui se lève dans la promesse de son bienfait. Où chaque regard redit toute l'histoire renouvelée de son objet. Où chaque mot est une invitation à tous les voyages, où chaque rupture
du silence satisfait toutes les espérances tenues secrètes, comblées bien au-delà de l'attendu.
Et de ce désir impérieux et tranquille, rassasié de ces innocentes et enivrantes gourmandises; du vertige magistral de notre perte
commune, je me souviens aussi.
Qu'importe l'indélicatesse des contingences, les sarcasmes de la géographie et tous les éloignements imaginables, le sort aura beau
faire rien ne sera plus jamais l'exil.
Je veux juste rêver sur la Terre avec Vous, emporté par ce seul élan possible, que quiconque ne pourra jamais nommer. Saurez-vous
combien je Vous chéris de tout mon être et comme mon amour, par votre grâce, est le plus pur de ce qui me fait exister.
Que l'on ne me réveille plus, jamais. Jamais...