Mercredi 14 mai 2008

Notre très comique, voire hilarant député Santini, propose de nouvelles manières de manifester notre mécontentement citoyen. Plutôt que faire grève et défiler dans les rues, il ne serait pas contre le port d'un brassard, "à la japonaise", précise-t-il. Voilà qui va radicaliser les luttes, les pires extrémités sont à prévoir, le bain de sang est pour demain. Sommes-nous si peu hardis et bien peu imaginatifs, nous les grévistes, et nos pairs historiques, pour n'avoir jamais imaginé qu'il eut suffi de brassards aux hordes de rebelles ouvriers pour obtenir ce dont nous bénéficions tous encore aujourd'hui ! Comment se peut-il que personne n'y ait songé plus tôt ?!
Il faut être un homme à cigares pour inventer d'aussi fumeuses propositions ! Santini en est un, et un gros ! (nan, je dis pas quoi...)

L'excellent Darcos, pour qui la règle de trois est encore mal maîtrisée - plus exactement un trou noir -, enfonce le clou du service minimum et annonce que 90 euros seront attribués à tout agent délégué par sa commune à la garde des enfants les jours de grève, pour un groupe comptant de 1 à 15 enfants, bien. Tant mieux pour eux.
Garder des enfants n'est pas les instruire, c'est-à-dire les inciter à produire de l'intelligence, ce qui est une toute autre paire de manches que les occuper à passer le temps.
De plus, si à 15 maximum par classe l'instruction serait plus aisée, on n'oubliera pas que les effectifs dont les enseignants ont la charge sont beaucoup plus copieux, et ce, tout au long de l'année. Si  90 euros par jour pour garder 15 mômes récompensent ceux dont c'est la mission, pourquoi les enseignants devraient-ils se contenter de beaucoup moins, par jour, pour un effectif comportant en moyenne le double d'élèves, et pas pour les garder ?!
M'sieur Darcos qu'est nul en opérations devrait taper sur sa calculette combien devrait toucher un enseignant, quotidiennement, face à 30 mômes, non pas à garder mais à instruire, sans négliger la qualité des diplômes exigés pour ce métier - que demande-t-on aux "gardiens" sur ce point ? -, traduite en espèces sonnantes et trébuchantes - puisque ce monde ne reconnaît que la seule valeur argent, et surtout pas travail -, pour être aussi bien considérés que ces gens briseurs de grève, à qui on n'a peut-être même pas demandé leur avis, ou encore dans le besoin absolu, donc victimes eux aussi de ce système révulsant qui ne produit décidément plus qu'une séparation généralisée en montant tout le monde contre tout le monde pour d'évidentes raisons idéologiques ?
Mais non, c'est moi qui délire, mon parti pris m'aveugle, je sais, merci.

Ah le bel argument que de porter secours aux familles les plus démunies ! S'en soucie-t-on en haut lieu lorsqu'il s'agit de leur supprimer petit à petit les aides auxquelles elles avaient droit jusqu'alors et qui fondent comme neige au soleil sous les assauts répétés et durables d'une droite définitivement mortifère et anti-sociale qui, plutôt que de rechercher de vraies idées - là, oui, je délire, autant demander la lune ! -, préfère la solution tellement facile de piquer toujours plus aux mêmes. Et qui ne cache même plus son désir de faire du néolibéralisme le plus nauséabond le credo national. Ce monsieur qui a titre de notre président n'a-t-il pas déclaré lors de cette émission pitoyable et urticante à souhait qu'il "croyait au libéralisme" !

Certes, je ne méconnais pas l'embarras temporaire que les jours de grève peuvent procurer à certains parents, mais tout de même, avant d'aboyer avec la meute sous l'instigation de certains médias aux ordes, il faudrait réfléchir un minimum. Si en d'autres temps où les salariés étaient considérés comme du bétail notre mollesse moderne avait prévalu parmi leurs rangs, vous qui hurlez au loup ne jouiriez pas de tout ce qui semble tellement "naturel" à combien, trop oublieux que tout acquis social ne fut jamais obtenu sans d'âpres combats !
Rien n'oblige ceux qui sont en désaccord avec les grévistes de continuer d'être des "assistés sociaux si coûteux" - c'est bien ça l'idée en gros, non : nous coûtons trop cher à l'état ?
Ceux-là peuvent toujours décider de d'aller, à poil, sans plus aucune protection de quelque nature que ce soit, affronter la jungle libérale qui se fera un plaisir de leur rappeler, par la confrontation avec la réalité dure, la définition de l'infinie solitude !


Mais chacun ne fait-il pas comme il veut, n'est-ce-pas ?!... Il est vrai que, tout seuls, nous sommes tellement plus forts. Nous savons si bien nous étriper entre nous qu'il n'est même plus besoin qu'on nous envoie les forces de l'ordre pour nous disperser, voire nous atomiser, nous le faisons si bien nous-mêmes !
J'en connais qui se marrent comme des baleines, derrière leurs cigares !

 
A méditer : Si vous trouvez que l'instruction coûte cher, essayez donc l'ignorance ! Abraham Lincoln.

par Martin Cadeau communauté : Résistance 2007
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